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Défense : rattraper le temps perdu.

Vous avez aimé la carte judiciaire ? Vous adorerez la carte militaire ! La réforme des armées, dont Nicolas Sarkozy va annoncer le lancement, ce matin, devant 3 000 militaires, revêt une ampleur particulière. Elle déterminera, en effet, l'influence de la France dans le monde et la santé économique des 450 communes confrontées à des déménagements, des fermetures et des concentrations de bases ou de régiments.

Dans ce domaine, plus encore que dans d'autres, le gouvernement hérite d'un dossier trop longtemps oublié, malgré les bouleversements spectaculaires du paysage international et à cause de l'inertie des pouvoirs successifs. Nicolas Sarkozy a décidé, lui, de piloter frégates et sous-marins comme des dériveurs. Pour rattraper le temps perdu.

Car il y a tout de même quelques années que le mur de Berlin est tombé. Quelques années que la pieuvre terroriste se déploie de la Mauritanie à l'Afghanistan. Quelques années que nos frontières ne sont pas étanches au point de pouvoir dissocier ce qui se passe sur la planète de notre sécurité intérieure. Quelques années que nous pourrions faire mieux avec moins entre Européens. Curieusement, la France demeure davantage organisée pour répondre à une menace d'invasion terrestre qu'à la menace Al-Qaida.

Elle dispose de chars sans ennemis ou sans pilotes entraînés. Avant longtemps, elle ne comptera qu'un porte-avions à mi-temps, faute de pouvoir financer un second Charles de Gaulle. Tous ses grands programmes sont retardés d'année en année. Elle manque d'hélicoptères et d'avions en état de participer aux missions internationales. Elle a souvent les hommes, pas toujours les moyens ne serait-ce que de les transporter. Gâchis illustré par le sauvetage des otages du Ponant, au large de la Somalie, qui a failli tourner au drame en raison d'une succession de pannes de navires et d'avions. Et c'est nous, pays aux idées larges et aux moyens étriqués, qui tirons la sonnette de l'Onu pour revendiquer une force contre la piraterie maritime...

Pour remettre nos armées en ordre de marche, il faudrait, au bas mot, 6 milliards d'euros de plus par an. Que nous n'avons pas. Et qu'il serait politiquement explosif de réclamer au moment où l'on supprime des postes dans toutes les administrations. L'armée est alors priée de se concentrer pour s'autofinancer. En supprimant un emploi sur cinq, elle devra trouver les moyens de sa modernisation. Le ministre Hervé Morin ne s'en tire d'ailleurs pas si mal : dans un contexte de rabotages financiers, il sauve son budget. La gauche - coresponsable de cet état de fait - serait mal venue de critiquer cette réforme, sauf lorsqu'elle déplore sa faible dimension européenne.

Tout le monde peut comprendre la doctrine et l'économie de ce Livre blanc qui définit notre défense pour quinze ans. Mais, dans la série « je suis d'accord à condition que ça se passe chez les autres », le vrai test se jouera sur la carte militaire. Pas dans les grandes villes, souvent ravies de récupérer des locaux, des entreprises nouvelles, et donc de la taxe professionnelle. Mais, dans les petites cités qui viennent de perdre leur tribunal ou une entreprise, qui craignent pour leur hôpital et qui vont voir partir leurs soldats et leurs familles, la facture risque d'être salée.

L'armée n'est plus là pour faire de l'aménagement du territoire, répète le ministre de la Défense depuis un an. Si ce n'est plus elle, il faudra bien trouver des compensations et, surtout, éviter de fermer les « régiments PS » au profit des « bases UMP ». La politisation et l'inéquité seraient les meilleurs moyens d'allumer des incendies au coeur de l'été.

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